Archive pour le mot-clef ‘certification’

«Cradle-to-cradle»: l’empreinte écologique positive ?

Vendredi 27 février 2009

novethic : « Récupérer les matières pour les réutiliser à l’infini, c’est le concept d’éco-conception « cradle-to-cradle » (du berceau au berceau), imaginé par l’architecte américain William McDonough et Michael Braungart, chimiste allemand spécialiste du cycle de vie des produits et ancien activiste de Greenpeace.

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Encore peu connus en France, l’architecte designer William McDonough et le chimiste allemand Michael Braungart sont pourtant deux personnalités de l’écologie industrielle. Leur ouvrage “Cradle to Cradle” date déjà de 2002. Leur credo, il est vrai, diffère des courants plus connus de l’écologie : loin d’une approche décroissante, ils défendent une consommation « intelligente », fondée sur la réutilisation permanente des matières et des objets. Tous deux préconisent une « empreinte écologique positive », à travers une philosophie d’éco-conception qui consiste à penser le produit dès l’origine pour lui donner ensuite plusieurs vies. Et  idéalement, le réutiliser à l’infini, y compris pour d’autres usages que sa fonction initiale.

Eric Allodi, représentant en France de la technologie « CtoC », explique le procédé : « Toutes les matières qui composent un produit sont analysées pour identifier ce qui peut être recyclé et dans quelles filières de recyclage on peut les orienter, pour recréer de la matière première. » Aujourd’hui, rares sont les produits pensés pour être recyclés, pourtant les solutions techniques existent. Eric Allodi donne l’exemple de la moquette « dépolymérisable », qui peut facilement être récupérée, pour être retraitée. « Les entreprises y voient leur intérêt, puisqu’on vient les débarrasser gratuitement de vieux produits. Sous chaque dalle est inscrit le numéro à appeler, c’est simple ».

Mais pour être « Cradle to Cradle », la première condition est d’utiliser des matières non toxiques, qui pourront être réintroduites sans accroître la pression sur l’environnement, voire le « nourrir ». Comme par exemple des cosmétiques biodégradables ou des T-Shirts entièrement compostables, utilisés pour nourrir la terre. Ou encore des livres fabriqués dans un plastique réutilisable et des chaises conçues pour être démontées et recyclées.

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Les industriels qui veulent adopter la démarche « C to C »  peuvent le faire de manière progressive, trois niveaux de certification (argent, or ou platine) leur sont proposés. « Il faut d’abord s’assurer de la non toxicité des produits, puis instaurer un circuit de récupération de la matière première pour ensuite la réinjecter dans un nouveau produit. En fin de vie, chaque objet réintègre son circuit d’origine sans perte de qualité ni gaspillage de nutriments qui ont servi à la constituer », explique Eric Allodi.

Depuis la première certification (qui comprend une vingtaine de critères) attribuée en 2005, 109 produits ont obtenus le label “Cradle to Cradle-C2C”, pour un coût annuel compris entre 10 000 dollars (T-Shirt), et 15 à 20 000 dollars (chaise). Rhoner, fabricant suisse de textile, a ainsi revu toute sa production pour adopter des matières et des teintures naturelles compostables, qu’il revend à un consortium de producteurs de fraises… En France, la marque de collants Dim s’est également engagée dans ce procédé, en abandonnant  polyamide et teintures conventionnelles pour des matières premières plus naturelles, avec l’appui financier de l’Ademe (à hauteur de 50 % soit 130 000 euros). Objectif : faire des collants compostables ou recréer de nouveaux produits à l’infini, à condition bien sûr que les consommatrices s’impliquent pour « rendre » leurs collants usés… Le projet constitue en tout cas une vraie stratégie pour la marque qui, dans la foulée, a nommé un directeur développement durable et envisage  un nouvel axe de communication autour du « C to C ».

Une ville 100 % Cradle to Cradle ?

En Europe, la démarche connaît déjà quelques succès, notamment en Hollande et en Allemagne. L’EPEA (Environmental Protection and Encouragement Agency) est le partenaire officiel « C to C » aux Pays-Bas, où la ville de Venlo (92 000 habitants) a annoncé devenir 100 % Cradle to Cradle d’ici 2012, avec une politique « zéro déchets ». La Chine, qui doit construire d’ici 7 ans pas moins de 200 millions de logements (soit 6 villes nouvelles)  s’est engagée via l’Association chinoise du bâtiment dans la démarche. William McDonough explique avoir trouvé avec BASF un polystyrène « sans aucun produit chimique dangereux pouvant servir pour construire des murs solides, légers et super isolants”, explique-t-il dans une interview au magazine Newsweek. “Le bâtiment peut être chauffé et rafraîchi pour presque rien. Il est silencieux au point que même s’il y a 13 personnes dans l’appartement du dessus, vous ne les entendez pas”. Autre invention de l’architecte pour l’usine Ford, un toit végétal qui collecte puis purifie l’eau de pluie, tout en isolant le bâtiment. Outre la réduction de consommation d’énergies qu’il induit, le toit est lui-même plus économique, puisque sa durée de vie est deux fois supérieure à celle d’un toit classique.

Une pêcherie bretonne sur la voie de la certification MSC

Mardi 24 février 2009

WWF : Dans un contexte de raréfaction de la ressource marine, le rétablissement des stocks de poisson requiert de sérieux efforts de la part de tous les professionnels de la filière pêche. Désormais, pour satisfaire les demandes des consommateurs et des distributeurs, non seulement les fournisseurs doivent répondre de la qualité et de la sécurité sanitaire de leurs produits, mais ils doivent aussi démontrer que leur activité a un impact limité sur l’environnement et qu’ils investissent dans la gestion durable des ressources marines. Des exigences nouvelles donc, qui bousculent le marché…la certification.

De nombreux labels de « pêche durable » fleurissent et brouillent le message à destination des consommateurs. Trop souvent, ces labels, créés parfois par les enseignes de la grande distribution, sont à la fois juge et partie. Quant à leurs objectifs écologiques, ils passent en deçà de l’exigence environnementale fixée par la norme de référence dans le domaine de la pêche durable : le code de conduite édité par la FAO (Organisation pour l’Alimentation et l’Agriculture des Nations Unies).

Aux yeux du WWF-France, le label MSC (Marine Stewardship Council) est le plus fiable. A la fois indépendant, rigoureux et transparent, il est le seul, à ce jour, à respecter les principes édictés par ce fameux code de conduite et à garantir une exploitation durable des ressources halieutiques.

Il aura fallu 2 ans de consultation internationale en collaboration étroite avec les experts du monde entier (scientifiques, pêcheurs, organisations environnementales) pour que cette riposte énergique aux problèmes de surpêche et de dégradation des écosystèmes marins voit le jour.

Conclusion : le MSC, c’est pas une maladie, mais bien un outil efficient permettant de maintenir la diversité de la vie marine en offrant de « l’écologiquement responsable ».

Bonne nouvelle, l’offre commerciale labellisée MSC commence à s’étoffer. À l’échelle planétaire, 2000 produits de la mer affichent l’écolabel bleu. Et depuis peu, une pêcherie bretonne, celle de la pêche à la bolinche pratiquée par les pêcheurs bretons et basques dans le golfe de Gascogne, s’est même embarquée dans le process, relevant le défi de cette certification ambitieuse. Au regard des trois principes du référentiel MSC, tout sera passé au crible. Bureau Veritas Certification ainsi qu’une équipe d’experts scientifiques indépendants examineront l’état des stocks et l’impact de la pêcherie sur l’écosystème tout en évaluant son système de gestion.

Didier Le Gloanec, président de l’Association des Bolincheurs de Bretagne explique : «Nous nous sommes rassemblés autour du projet de certification MSC en vue de revaloriser notre métier. Nous en sommes fiers et voulons le faire savoir au grand public ».

Certes, la sardine n’est pas soumise à quotas mais ces pêcheurs ont eux-mêmes mis en place des licences pour permettre une meilleure gestion de la ressource en limitant par exemple le nombre de bateaux et de jours en mer. Au fil des ans, ils ont travaillé à améliorer la qualité de leurs produits, grâce notamment aux cuves à eaux réfrigérées, garantissant la fraîcheur des produits jusqu’au débarquement et ce, en toute saison.

Composée de 18 bateaux, de moins de 17 mètres de long, la flotte des bolincheurs de Bretagne décharge près de 98% de ses sardines dans les ports de Concarneau, Saint-Guénolé et Douarnenez. Les poissons sont vendus sur place, sous criée, par contrat ou en vente directe. A ce propos, Didier Le Gloanec espère que la certification permettra de valoriser leurs produits et leur ouvrira les portes vers de nouveaux marchés aussi bien en France qu’à l’export.

Pour Charles Braine, Chargé du programme pêche durable au sein du WWF-France, cette initiative est évidemment très positive. « Elle devrait contribuer à freiner le processus de dégradation des océans tout en donnant l’opportunité aux bolincheurs de faire savoir qu’ils agissent depuis longtemps pour la préservation de la ressource et pour la pérennisation de l’activité ».

Du côté du Marine Stewardship Council, on applaudit à la perspective de cet adoubement. Nicolas Guichoux, directeur Europe du MSC déclare : « Nous nous réjouissons de l’entrée de la première pêcherie française dans le programme MSC et espérons qu’elle obtiendra sa certification ». Et d’ajouter : « Nous sommes heureux de voir que l’Association des Bolincheurs de Bretagne veut être l’initiatrice du projet dans l’Hexagone. Le soutien et l’engagement des pêcheurs ainsi que la mobilisation des consommateurs sont les meilleurs leviers pour inverser le déclin mondial des ressources halieutiques »… D’autant que, comme l’explique Edouard Le Bart, responsable commercial MSC pour la France, « profondément ancrée dans les traditions de pêche et dans l’histoire de la Bretagne, la sardine est très appréciée par le consommateur français ». Pêcherie emblématique du littoral breton, son entrée dans le processus de certification est donc hautement symbolique !

Au cours de ses dix années d’activité, le MSC a gagné la confiance d’un grand nombre d’acteurs de la filière pêche à travers le monde. De l’Alaska à la Norvège en passant par la Nouvelle Zélande et le Japon, le nombre de pêcheries dans le programme est en augmentation croissante. Espérons que la pêcherie de sardine à la bolinche inspirera d’autres pêcheries françaises, ouvrant la voie de la certification MSC à ses consœurs …