Algues vertes : le constat pessimiste de l’État
Dans un rapport confidentiel adressé au Premier ministre, Jean-Louis Fargeas, préfet des Côtes-d’Armor,dit toute la difficulté à endiguer les marées vertes.
Pourquoi ? Comment ? De quel document s’agit-il ?
D’une note confidentielle de onze pages envoyée le 4 septembre par Jean-Louis Fargeas, préfet des Côtes-d’Armor, au Premier ministre, au ministre de l’Intérieur et à la secrétaire d’État chargée de l’Écologie.
Quel est le contexte ?
Cette note préfectorale est écrite alors que 300 plaintes ont été déposées à l’encontre du préfet par des particuliers et associations reprochant « l’inaction » de l’État. Et ce, malgré la venue de François Fillon à Saint-Michel-en-Grèves le 20 août. Ce courrier est antérieur à la polémique née, quelques jours plus tard, autour du décès suspect d’un chauffeur ayant transporté à trois reprises des algues en décomposition.
Quels sont les mots du préfet ?
Ils étaient jusqu’ici employés par des associations de défense de l’environnement. Ils résonnent comme un aveu d’impuissance. Jean-Louis Fargeas liste toutes les conséquences de la prolifération des algues vertes sur le littoral costarmoricain. Rappelle clairement que « la putréfaction des ulves dégage de l’hydrogène sulfuré, non seulement nauséabond, mais aussi néfaste pour les espèces vivantes du milieu et pour l’homme, ainsi que de l’ammoniac ».
Quel constat tire-t-il des actions menées ?
Qu’elles ont permis « au mieux de stabiliser les taux de nitrates, sans obtenir un résultat visible de diminution du phénomène des marées vertes ». Que les cahiers des charges liés aux mesures agro-environnementales sont « assez mal adaptés à la situation bretonne ».
Le préfet entrevoit-il des solutions ?
Jean-Louis Fargeas n’en relève de concluantes que dans « l’arrêt total de l’agriculture sur le bassin-versant avec conversion totale des terres en prairies fauchées mais non fertilisées, permettant d’atteindre 10 mg/l (de nitrate) en 2020. Ce qui aurait un impact marquant sur le phénomène des algues vertes ». Il se montre fataliste : « Cette évolution (de l’agriculture) n’est pas envisageable pour le moment, le phénomène des algues vertes ne peut donc que perdurer. »
Le préfet commente-t-il cette note ?
Non. Ses seules déclarations font suite aux travaux conduits, hier en préfecture, par la mission interministérielle chargée d’un rapport sur les algues vertes. « Ces travaux, indique la préfecture, ont permis de recueillir de nombreuses propositions d’actions, émanant tant du monde associatif que des élus et de la profession agricole. [...] Il est à noter que la profession agricole a rendu publique sa volonté d’agir par des objectifs précis marquant une évolution notable et importante d’un acteur incontournable du dossier. On ne peut que réaffirmer avec fermeté que c’est par un travail concerté et collectif, évitant toute stigmatisation, que seront trouvées les solutions au phénomène des algues vertes. »
Ouest France, mercredi 21 octobre 2009, François GRÉGOIRE.
Rendez-vous dimanche 27 septembre à Hillion , à 15 heures, site de la Granville, sur la baie de Saint-Brieuc.